Les repères sur le temps d’écran des enfants varient selon l’institution et l’âge. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) déconseille les écrans avant 2 ans et fixe un maximum d’une heure par jour à 2, 3 et 4 ans. En France, la commission « Enfants et écrans » installée par le Président de la République a remis son rapport le 30 avril 2024 : elle recommande de ne pas exposer les enfants de moins de 3 ans aux écrans et de les déconseiller jusqu’à 6 ans. Ces recommandations ne sont pas des interdictions : ce sont des repères.
Pourquoi les recommandations sur le temps d’écran existent
Les écrans se sont généralisés en moins d’une génération. La commission « Enfants et écrans » a été installée mi-janvier 2024 pour évaluer les enjeux de l’exposition des enfants aux écrans et formuler des recommandations. Elle a rencontré près de 150 jeunes et auditionné plus d’une centaine d’experts et de professionnels en trois mois.
Son rapport propose une logique de progressivité : un parcours échelonné, raisonné et accompagné, pour ne pas « lâcher » les enfants et les adolescents dans le monde numérique sans soutien ni éducation. Les bornes d’âge proposées sont des repères, à réévaluer régulièrement.
L’objectif n’est pas de culpabiliser les parents, mais de laisser de la place aux activités variées dont les enfants ont besoin : le jeu, la lecture, la conversation, le mouvement.
Les recommandations par groupe d’âge
Les repères ci-dessous reprennent ceux de l’OMS (2019), de la commission « Enfants et écrans » (2024) et du psychiatre Serge Tisseron (balises 3-6-9-12). Ils ne sont pas des interdictions.
Avant 3 ans
La commission recommande de ne pas exposer les enfants de moins de 3 ans aux écrans.
L’OMS est plus précise pour les tout-petits : aucun temps d’écran avant 1 an, et pas d’écran sédentaire (télévision, vidéos, jeux) à 1 an. À 2 ans, elle fixe un maximum d’une heure par jour, « moins c’est mieux ». Serge Tisseron préconise aussi de ne jamais laisser un enfant devant un écran, ou dans une pièce où un écran est allumé, avant 3 ans.
3 à 6 ans
La commission déconseille les écrans jusqu’à 6 ans, ou au minimum recommande un usage fortement limité, occasionnel, avec des contenus de qualité éducative et accompagné par un adulte. L’OMS fixe, à 3 et 4 ans, un maximum d’une heure par jour. Serge Tisseron propose environ 30 minutes par jour à 3 ans, jusqu’à une heure au maximum à 6 ans. Les écrans se regardent dans une pièce commune, jamais dans la chambre, en évitant le soir, les repas et les moments où l’on veut calmer l’enfant.
Trois conditions reviennent :
- Le contenu doit être de qualité et adapté à l’âge
- Un adulte doit être présent et regarder avec l’enfant
- L’écran ne doit pas remplacer le jeu libre, la lecture partagée ou l’interaction avec d’autres enfants
Pour la console, le repère de Serge Tisseron est : pas de console personnelle avant 6 ans.
6 à 9 ans
Après 6 ans, la commission recommande de tendre vers une exposition modérée et contrôlée, parmi des activités diversifiées. Santé publique France a mesuré en 2022 le temps d’écran des enfants scolarisés : 1 h 53 par jour en moyenne à 6-8 ans, et environ deux fois plus les jours sans école. Selon cette étude, 35 % des 6-8 ans dépassent 2 heures par jour en moyenne, et 51 % les jours sans école. À cet âge, Serge Tisseron recommande de fixer des règles familiales, par exemple pas d’écran pendant les repas ni la nuit.
9 à 12 ans
Selon Santé publique France, les 9-11 ans passaient en moyenne 2 h 33 par jour devant les écrans en 2022, et 55 % dépassaient 2 heures par jour en moyenne (70 % les jours sans école). Les repères de Serge Tisseron pour cette tranche :
- expliquer les « 3 règles d’Internet »
- tenir un « carnet du temps d’écran »
- retarder le plus possible le téléphone mobile
La commission « Enfants et écrans » estime qu’il n’est pas opportun que les enfants disposent d’un téléphone portable avant 11 ans, l’entrée dans le secondaire. À partir de 11 ans, s’ils en ont un, il est recommandé qu’il ne permette pas de se connecter à Internet.
À partir de 13 ans
La commission recommande qu’à partir de 13 ans, un téléphone connecté ne permette pas d’accéder aux réseaux sociaux ni aux contenus illégaux. À compter de 15 ans, âge qu’elle qualifie de « majorité numérique » symbolique, l’accès aux réseaux sociaux devrait être limité à ceux dotés d’une conception éthique.
Après 12 ans, Serge Tisseron conseille de paramétrer les profils de réseaux sociaux en mode privé, de limiter le temps de jeu vidéo et de ne pas garder le téléphone mobile dans la chambre la nuit.
Impacts d’une consommation excessive
Les effets d’une exposition excessive aux écrans dépendent de l’âge, des contenus et de la place qu’ils prennent dans la journée. Les repères ci-dessus visent surtout à préserver le temps de sommeil, de jeu, de lecture et de relations avec les autres. Un retard de langage, un trouble du sommeil durable, de l’anxiété ou un comportement agressif chez l’enfant justifient d’en parler à un médecin ou à un psychologue de l’enfant.
Comment mettre en place ces recommandations à la maison
Règles concrètes et structuration
Il est plus efficace de fixer des moments et des contextes sans écran que d’énoncer une interdiction totale. Voici quelques repères :
- Pas d’écran pendant les repas familiaux
- Pas d’écran dans la chambre, ni la nuit
- Un temps désigné plutôt qu’une disponibilité permanente
- Des alternatives proposées : le jeu libre, la lecture, le mouvement, la création
Supervision active et choix du contenu
Quand l’enfant regarde un écran, l’idéal est qu’un adulte soit présent, qu’il regarde avec lui, commente et pose des questions. Le choix du contenu compte aussi : privilégiez les contenus éducatifs, adaptés à l’âge de l’enfant.
Le modèle des parents
Les enfants imitent ce qu’ils voient. Ranger les téléphones pendant les repas et valoriser d’autres activités envoie un message cohérent avec les règles que l’on fixe.
Sources
- france-blog.info — Commission « Enfants et écrans », « À la recherche du temps perdu » : synthèse du rapport (avril 2024)
- who.int — Organisation mondiale de la santé, recommandations sur l’activité physique, la sédentarité et le sommeil des moins de 5 ans (2019)
- 3-6-9-12.org — Serge Tisseron, les repères 3-6-9-12
- santepubliquefrance.fr — Santé publique France, « Temps d’écran des enfants de 3-11 ans » (étude Enabee, 2022)